ECRITURE

Extrait du roman La beauté du démon - Anthony Mambré - 2020 (en attente de publication)

 

La vie s’amuse parfois à vous mettre sur des chemins les plus incongrus, sans doute pour vous faire grandir, sans doute pour vous faire apprendre. Je l’avais rencontré il y a sept ou six ans en arrière, à plusieurs reprises, surtout en soirée. De temps à autre sa photo apparaissait sur les réseaux sociaux et, comme chacun le fait, elle était rapidement consommée puis balayée d’un coup de doigt pour passer à la suivante, au rythme effréné de cette nourriture technologique superficielle désormais coutume. Rien de plus, rien de moins, un visage parmi d’autres, une âme comme les autres.

Au cours de cet été, comme attiré par une force sombre mais irrésistible, une fascination folle et absolument sans fondement, sans logique, sans explication, il devint ma drogue, tandis que lui sombrait à nouveau dans la sienne. Chaque jour de sa vie ne pouvait s’écouler sans que la poudre blanche vienne lui faire oublier sa détresse, sa mélancolie profonde, d’une existence qui ne lui suffisait plus. La drogue lui donnait une puissance surprenante où son aura grandissait encore davantage et sa confiance explosait aux yeux de quiconque le croisait, tombant immédiatement dans sa toile, hypnotisé par l’être incroyable qu’il était. Il créait une fascination instantanée chez chaque personne qu’il rencontrait, tant par sa beauté classique que par cette énergie qu’il dégageait. Il avait parfaitement conscience de l’effet qu’il produisait et se faisait un immense plaisir d’en jouer. Comme un prédateur, il n’avait ensuite qu’à attendre que sa proie tombe seule dans ce piège de l’attirance pour qu’il puisse ensuite en profiter avant de la consumer. Dans une autre époque, des hommes auraient perdu la tête pour lui. Je faillis perdre la mienne plus d’une fois.

Comme un poison délicieux, il s’insérait en moi, jour après jour, coulait dans mes veines, réveillait des émotions si fortes qu’elles m’effrayaient à resurgir si violemment. Je ne sais ni pourquoi ni comment, mais mon esprit s’était effacé face à des vagues d’immenses passions les plus explosives et incontrôlables. Comme une obsession qui vous hante, chaque jour, chaque heure et presque chaque minute, il était en moi, dans ma tête, dans tout mon corps, dans mon âme. Je ne pouvais m’en défaire, comme un démon dont l’emprise était radicale mais délicieuse. Et je me laissais sombrer avec un délicat plaisir dans cet océan noir et lumineux. Je n’étais plus celui que je connaissais, je m’effrayais à rencontrer chaque jour un peu plus, un autre être qui était en moi et qui se nourrissait de lui. Il fallait que je le voie, que je lui parle, qu’il me voie, qu’il me considère. Je ne saurais comment l’expliquer mais, au plus profond de mon âme, cela vibrait comme si nous n’étions qu’un, comme si nous nous connaissions depuis des millénaires, comme si nous avions un lien inaliénable, indestructible, merveilleux. Pourtant, nous étions si différents. On se serait même trompé à croire que nous étions l’ombre et la lumière, aveuglés, alors que sa noirceur réveillait la mienne pour que ma lumière rallume la sienne.

Comme une promesse faite avec moi-même, bien avant mon existence sur cette Terre, sans en connaître la raison, je m’étais juré de ne jamais consommer de drogue. La croyance implantée en moi qu’à l’instant où mes lèvres ou mon corps toucheraient ce poison, la mort s’abattrait sans attendre, sans prévenir, sans pitié. À maintes reprises, lors de nos escapades nocturnes, plongés dans les nuits de fêtes montréalaises, ou de nos merveilleuses discussions intimes jusqu’au cœur de l’aube, il m’en avait proposé. Pendant de nombreuses semaines, à corps perdu, je voulus le sauver de cette emprise, totalement inconscient que personne ne pourrait l’aider, excepté lui. Un tout nouveau monde s’ouvrit alors à moi, devenu malgré moi spectateur en retrait d’une humanité cherchant à s’échapper de sa réalité par le plaisir, par la drogue, par la fuite d’elle-même. Je n'y cédai pourtant jamais. Je resterais pur, innocent face à la poudre blanche. Des nuits d’ivresse, à l’immigration, la solitude de l’être humain, de la prostitution à son addiction, de l’amour profond à l’amitié, la beauté du démon.

BLEU DE NUIT - LE BLOG

Découvrez mon nouveau blog.

Entre Paris et Montréal, Bleu de nuit cherche à proposer un œil sur les grands domaines qui font vibrer les êtres afin de vivre le meilleur de votre vie.

De la créativité sous toutes ses formes, au développement personnel jusqu'au style de vie, entre récits personnels et découvertes à partager, Bleu de nuit vous aide à devenir la meilleure version de vous-même.

www.bleudenuit.com

ANCIENS ECRITS

QUELQUES EXTRAITS DES ARTICLES RÉDIGÉS POUR  TTT MAGAZINE (2012)

© 2020